RSE et Formation : pourquoi mesurer l’impact des compétences devient stratégique
La CSRD en 2026 : quand le reporting extra-financier devient une obligation de résultat Ce que la directive change concrètement pour les entreprises La CSRD (Directive 2022/2464) oblige les entreprises à publier un rapport de durabilité annuel, intégré à leur rapport de gestion, couvrant les impacts, risques et opportunités ESG. Elle remplace et renforce la NFRD en imposant des normes harmonisées : les European Sustainability Reporting Standards (ESRS). Concrètement, ce changement implique bien plus qu’un exercice de communication. La directive vise à standardiser les pratiques de reporting pour assurer la comparabilité des données, et à augmenter la transparence sur les impacts ESG à travers un cadre structuré. Pour les entreprises, cela signifie passer d’une logique déclarative à une logique de démonstration : chaque engagement doit désormais être étayé par des données fiables, vérifiables et comparables. Le volet social couvre les relations entre l’entreprise et ses parties prenantes humaines : salariés, sous-traitants, communautés locales. Les indicateurs typiques incluent les données d’emploi, les conditions de travail, la formation et le développement des compétences, la rémunération et l’équité salariale. Le standard ESRS S1 encadre ces exigences dans le cadre CSRD. Qui est concerné et à quelle échéance ? Les premières entreprises soumises à la CSRD doivent appliquer les nouvelles règles pour la première fois au titre de l’exercice fiscal 2024, pour des rapports publiés en 2025. Ces entreprises — anciennement sous l’empire de la NFRD — sont donc déjà dans la boucle. Pour les autres, le calendrier a évolué. La directive « Stop-the-clock » reporte l’entrée en application des obligations de reporting pour les entreprises qui devaient reporter pour la première fois au titre des exercices 2025 ou 2026 (vague 2 et vague 3). Plus structurellement, les seuils eux-mêmes ont été relevés. Désormais, ne sont concernées que les entreprises ayant plus de 1 000 salariés au cours de l’exercice et réalisant plus de 450 M€ de chiffre d’affaires, ces seuils devant être dépassés de manière cumulative. La conséquence est qu’environ 80 % des entreprises initialement visées sortent du champ d’application. Pour les grandes entreprises non cotées de la vague 2, le report acte une publication en 2028 portant sur l’exercice 2027. Le piège de la simplification : moins d’obligations ne veut pas dire moins d’attentes Ces assouplissements sont réels, et ils apportent une bouffée d’air bienvenue à de nombreuses organisations. Mais ils ne doivent pas conduire à l’attentisme. Les entreprises qui sortent du champ légal aujourd’hui et désengagent totalement leurs dispositifs de durabilité s’exposent à une remise à niveau coûteuse — sans compter que les exigences contractuelles de leurs donneurs d’ordre et de leurs investisseurs, elles, ne disparaissent pas avec l’allègement réglementaire. La directive Omnibus a relevé le seuil d’assujettissement direct à 1 000 salariés, mais n’a pas modifié les obligations indirectes : toute entreprise qui fait partie de la chaîne de valeur d’un grand groupe assujetti est exposée à des demandes de données ESG de la part de ses donneurs d’ordres. En d’autres termes, la simplification réglementaire déplace les frontières de l’obligation légale. Elle ne supprime pas les attentes des parties prenantes — investisseurs, clients grands comptes, partenaires financiers — qui continueront à exiger transparence et preuves, quelle que soit la taille de l’entreprise interrogée. La formation dans la CSRD : un indicateur central, pas une note de bas de page Ce que les normes ESRS imposent de reporter sur la formation ESRS S1 est l’une des quatre normes sociales. Elle se concentre sur les impacts de l’entreprise sur sa propre main-d’œuvre, incluant les conditions de travail, le dialogue social, la santé et la sécurité, la formation, la diversité et l’égalité de traitement. Au sein de ce standard, la formation occupe une place spécifique et identifiée. Le DR S1-13 fait partie du standard ESRS S1 de la CSRD. Il se concentre sur la divulgation des pratiques de formation et de développement des compétences au sein de l’entreprise, incluant les évaluations de performance et les heures de formation. Son objectif est de permettre de comprendre les activités de formation et de développement des compétences proposées aux salariés pour améliorer leurs compétences et faciliter leur maintien dans l’emploi. Plus précisément, l’entreprise est tenue d’indiquer dans quelle mesure la formation et le développement des compétences sont délivrés à ses employés. Ce n’est donc pas une exigence optionnelle ou accessoire : c’est une exigence de publication structurée, inscrite dans les normes européennes de reporting durable. Des données de moyens… qui ne prouvent rien Aujourd’hui, les indicateurs formation les plus fréquemment utilisés dans les rapports RSE restent des indicateurs de moyens : Nombre d’heures de formation par salarié Budget formation rapporté à la masse salariale Taux d’accès à la formation Ces données sont utiles pour documenter un effort. Mais elles ne disent rien sur ce qui change réellement dans les pratiques professionnelles. On distingue en effet les indicateurs de moyens — nombre de bénéficiaires touchés, nombre de formations déployées — des indicateurs de résultat qui évaluent le changement opéré de manière immédiate par l’action, en capturant les effets sur la population cible. C’est précisément cette distinction que la CSRD vient officialiser. Mesurer combien on dépense ou combien d’heures on dispense ne constitue pas une preuve d’impact. Et c’est là que se joue l’enjeu stratégique pour les fonctions formation et RH. Du budget de formation à la preuve d’impact : ce que ça change Le social washing, nouveau risque réputationnel et réglementaire Le RSE washing se rapproche du greenwashing. Là où ce dernier consiste à revendiquer des actions environnementales fictives ou exagérées, le RSE washing concerne l’ensemble des enjeux sociétaux. Les entreprises pratiquant le RSE washing mettent en avant des initiatives RSE pour attirer l’attention des consommateurs ou des investisseurs, sans adopter de stratégies ayant un véritable impact sociétal. Dans le domaine de la formation, ce risque est concret : afficher un volume de formation impressionnant, sans jamais démontrer que ce volume a produit des changements de pratiques ou renforcé des compétences clés, peut être perçu — et sanctionné — comme du social washing. Il est fondamental que la
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